WRITOBER / 1er Octobre : Emilie Rosier

 

Autrice : Emilie Rosier 

Genre : Contemporain 


Amaury se faufilait discrètement entre les arbustes du jardin, inquiet de se faire surprendre par l'un des trois autres garçons. Il aurait préféré rester dans sa chambre. Sa chambre, son refuge. Dans ses livres. Son parrain l'en avait chassé. Pour aller jouer. Il n'avait pas envie. Pas envie du tout.  Il se plaqua contre le tronc d'un sapin lorsque l'aîné passa non loin de là. Ses cris le blessaient. Il se laissa glisser au sol en se couvrant les oreilles. Mal. Elles lui faisaient si mal. Avec ces cris s'ajoutaient le bruit des oiseaux. Son parrain affirmaient que leur chant était beau. Seul peut-être, mais tous ensemble, ils résonnaient et entraient dans son crâne. Ils le perçaient. 


    Il se releva pour courir rapidement au bout du sentier. De ce côté, les cris cessaient. Ils n'avaient pas le droit de venir ici. Son parrain ne le saurait pas. Il reviendrait à la maison pour le déjeuner. Il ne saurait pas.


    Il arriva devant la rivière et s'assit sur la berge. Ici, le bruit de l'eau ne l'agressait. Elle coulait doucement et lui rappelait le moment de se baigner le soir. Il ferma les yeux, entourant son visage de ses mains, et commença à rêver des personnages du livre qu'il avait commencé à lire au matin. Ils lui manquaient pas. Il avait passé si peu de temps en leur compagnie. Après le repas, il chercherait un moyen de se retirer rapidement et de retourner vers eux. Son parrain ne le verrait pas. Il se serait occupé avec ses trois fils. Ils étaient si bruyants, presque comme cet idiot de Nathaniel, et réclamaient toujours son attention. Il ne le remarquerait pas. Il retrouverait sa chambre.


Un nouveau bruit résonna dans son dos, sourd. Il se retourna, agité, et aperçut un écureuil roux tombé au pied d'un arbre. Le garçon rampa prudemment pour le toucher et l'animal bougea légèrement. Leurs regards se croisèrent et le petit animal sauta sur ses genoux pour se blottir contre sa chemise.


    -Tu as peur toi aussi ? murmura-t-il. 


    Amaury releva la tête vers les branches hautes de l'arbre, cherchant à apercevoir sa famille. Lui aussi devait en avoir une. Une famille effrayante. Avec des gens qu'il n'arrivait peut-être à comprendre les intentions. Avec un père qui préférait un stupide cousin à son fils. Avec une marraine qui cherchait toujours à l'embrasser quand ils se croisaient. Un frisson glacé descendit de sa nuque au bas de sa colonne vertébrale. 


    -Tu peux rester avec moi, souffla-t-il.

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