WRITOBER / 2 Octobre : Avila Talyssia(Lina)

 

Autrice : Avila Talyssia(Lina)

Genre : contemporain

Melka était sorti pour ses consultations de la journée. Sans lui, la maison était parfaitement silencieuse, à l'exception de cette mouche prise dans une toile d'araignée qui se débattait pour s'échapper. Et lui, au lieu de faire quelque chose d'utile, s'était assis sur le perron pour fumer. Il ne savait pas combien de cigarettes il avait déjà allumées. Il préférait ne pas savoir, mais le cendrier dénonçait bien assez ses excès. Beaucoup trop. Sa gorge grattait comme s'il avait avalé un bol d'orties... Pourtant, il n'arrivait pas à s'arrêter et il avait mal à la tête à force de réfléchir. Il se contentait de fixer la mouche se vider de ses forces. Il aurait aussi bien pu la libérer, mais de toute manière, il aurait été trop petit pour l'atteindre sans monter sur une chaise. 

Nyra se passa une main sur le visage sans vraiment y penser. Ses doigts survolèrent les boursouflures de ses cicatrices ; il les retira aussitôt comme si on l'avait brûlé. Un haut-le-coeur brûla son palais, il l'étouffa d'une bouffée de tabac. Il la garda de longues secondes en bouche avant de la recracher lentement. Sans chasser pour autant la nausée. Il détestait les sentir, même sa barbe refusait de pousser par-dessus. Comment est-ce qu'il pouvait aussi facilement l'oublier ? À croire qu'il s'attendait à chaque fois à ce que sa peau soit redevenue aussi lisse qu'avant. Les jours avaient beau passé, il ne s'y habituait pas. Il ne s'y habituerait probablement jamais.

Tout le monde lui disait qu'il devait se laisser du temps. Mais il ne savait plus ce que c'était. Après avoir passé plus d'un an dans une cellule, il était incapable d'y mettre le moindre sens. Quand il se voyait dans le miroir, il avait l'impression de voir un vieillard coincé dans le corps d'un gamin de vingt ans. Et à chaque fois, il avait la sensation de regarder un parfait inconnu. Un inconnu qui possédait ses traits, certes, mais un inconnu quand même...

Il ne reconnaissait pas ses yeux inégalement ouverts qui paraissaient continuellement effrayés. Il ne reconnaissait pas non plus son nez tordu, ses cheveux secs comme de la paille, la grande cicatrice qui barrait toute la partie gauche de son visage, sa jambe traînante ou ses phalanges manquantes. Tout ça, ce n'était pas lui. Et tout le dégoûtait. Mais il était malgré tout coincé à l'intérieur comme cette mouche dans la toile. Il essayait de l'ignorer, de se convaincre que ces mains ne lui appartenaient pas. Seulement, il ne pouvait pas les fuir. Dès qu'il voulait faire ses lacets, boutonner sa chemise, rouler ses cigarettes, il était bien forcé de s'en rappeler.

Où était passé tout le reste ?

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