Autrice : Emilie Rosier 

Genre : contemporain

Un long cri déchira la nuit.


    Par réflexe, Hayden roula sur le côté et alluma la chandelle posée au soir sur la table de chevet. Il ouvrit ensuite sa montre à gousset et déchiffra, sans surprisen l'heure. Trois heures et sept minutes. Peu à peu, son sommeil était redevenu calme, mais lorsque les cauchemars revenaient, Emma se réveillait toujours un peu après trois heures. Son beau-frère, épris de superstitions grotesques, affirmait avec une inquiètude risible qu'un démon s'immisçait en elle. Il attendit de ne plus l'entendre s'agiter et retourna dans le lit. Emma se recroquevillait à présent dans les draps et sanglotait.  


    --  Elle était là. Mary. Elle me suppliait de le garder. 


    --  Il doit retourner chez son père à la fin du mois.


    Le cœur serré, Hayden énonça ce rappel en sachant combien chaque séjour devenait pour elle difficile. Plus cet enfant grandissait, plus ses traits s'affirmaient dans sa ressemblance avec sa mère. Seuls ses cheveux de corbeau, héritage de son grand-père selon Charlie, marquait une différence. 


    --  Il va être malheureux là-bas, gémit-elle. Ils ne s'occupent pas de lui. 


    --  Charlie s'en soucie, vous le savez, mais il a du mal avec son rôle de père. Et Amaury n'est pas un enfant facile. 


    --  Il pourrait le faire sortir plus souvent de sa chambre. Comme vous faites. 


    --  Même pour moi, c'est loin d'être simple. Amaury est... Je ne suis pas certain de comprendre, mais s'il ne souhaite pas émerger de ses livres il peut être agressif. C'est assez impressionnant. Moi aussi, cela m'arrive de le laisser. 


    -- Alors, nous devons le laisser. Nous devons leur laisser. Mary... Mary n'aurait jamais laissé son fils. J'en suis certaine. 


Emma sanglotait à nouveau dans les draps. Le spectre de la jeune femme, si effacée de son vivant, les hantait depuis sept ans. Il se souvenait encore de ses cris, de ces longues heures d'attente devant cette porte close, puis du silence. Derrière ces murs, son épouse avait assisté au spectacle dans son intégralité. Il l'avait vu sortir blanche dans une robe tachetée de rouge. Elle s'était écroulée, épuisée, et il n'avait eu que peu de temps pour la rattraper.


    -- Nous pouvons aider, Emma, en l'accueillant de temps en temps, mais même pour lui, je crois que c'est préférable d'espacer ses visites. Les enfants... Il a peur des enfants.


    Elle se raidit brusquement et le fixa avec une lueur de colère dans le regard.


    -- Nos fils. Ils... Vous croyez qu'ils ont pu jouer pu mauvais tour ? 


    --  Je ne crois pas, répondit-il après un temps de réflexion. Amaury est distant de tout le monde et se méfie en permanence. Il peut deviner nos attitudes d'adultes, mais des enfants, par leurs jeux, leurs pensées, immatures, sont imprévisibles. Je suppose qu'il ne sait pas se comporter avec eux.


    --  J'ai essayé de les faire jouer ensemble. Notamment avec Matthew. Il n'a qu'un an de plus avec Amaury. Ils devraient pourtant bien s'entendre.


--  Matthew n'est pas assez calme, soupira Hayden. Même moi, parfois, il me fatigue. Essayez plutôt avec Lawrence. La musique aussi. Amaury aime vous écouter jouer le soir. 


    Un silence s'installa et il espèra avoir su l'apaiser. 


    --  Tout de même.... Si à sa naissance, nous l'avions adopté, les choses auraient été peut-être plus facile.


    --  Emma, pitié, pas encore. On ne retire pas un enfant à son père. 


    --  On le fait bien à une mère, riposta-t-elle sèchement. 


    --  Pas quand les individus sont intelligents. Ou à moins que la mère ne représente un danger.


    --  Bien sûr. 


    Son épouse s'allongea en lui tournant le dos. Au son de sa voix, il percevait le reproche latent. Elle n'avait jamais pardonné à Charlie d'avoir chassé la mère du petit Nathaniel du domicile. Un épisode qui s'était passé quelques jours après la naissance d'Amaury. Elle savait pourtant que cette femme manipulait à la fois son époux et son fils de cinq ans pour parvenir à ses fins. Aucun bon argument ne la sauverait et toute cour de justice la condamnerait. Il n'insista pas. Le débat était clos depuis longtemps. 


    -- Bonne nuit, Emma, murmura-t-il en soufflant la chandelle.

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