WRITOBER : 1er Octobre : Avila Talyssia(Lina)
Genre : contemporain
Depuis combien de temps était-il assis ici ? Son regard ne cessait de revenir vers l'horloge et son aiguille qui n'avançait pas. Ses jambes le démangeaient, ses genoux sautillaient en produisant un petit claquement entêtant. Il avait envie de sortir, de courir dans l'herbe avec le chien... Quand est-ce que ce serait bientôt fini ? Des aboiements résonnèrent au fond du jardin, attirant son oreille. Il jeta un regard par la fenêtre ouverte et se redressa à genoux sur sa chaise. Peut-être qu'il pourrait le voir d'ici si...
— Asseyez-vous ! claqua la voix du précepteur avant qu'il ait eu le temps de le trouver. Et tenez-vous tranquille, par pitié ! J'en ai plus qu'assez de vous voir vous agiter comme si vous aviez des vers !
Le regard sévère braqué sur lui l'immobilisa. Elerha se rassit correctement, penaud. Il posa ses mains à plat sur ses cuisses comme le faisait sa mère pour empêcher ses genoux de rebondir. Ses yeux se reportèrent sur le tableau à craie couverts de calculs et d'inscriptions. Se concentrer. Il ne savait plus quel était le sujet... Puis, il baissa les yeux sur sa feuille blanche devant lui. Il se sentait presque aspiré par le vide.
La règle du précepteur pointa l'un des coins du tableau. Tout se mélangeait. Sa voix ennuyante se noyait au milieu de ses pensées, des aboiements du chien, de ses tentatives à retrouver le fil de l'enseignement... Désespéré, il se tourna de nouveau vers l'horloge, puis la fenêtre. Il avait l'air de faire beau dehors. Mais il était sûr que quand ce serait enfin terminé, on lui ordonnerait de faire ses devoirs pendant des heures. Et qu'il n'y arriverait pas. Et qu'il devrait recommencer un millier de fois parce que ce n'était jamais assez bien, quand ses sœurs auraient fini depuis longtemps. Ses pieds recommencèrent à sautiller.
— Je peux aller aux toilettes ? demanda-t-il soudain, coupant l'instituteur en pleine explication sans même s'en rendre compte.
Il avait surtout envie de se lever ; un regard noir le rappela à l'ordre.
— Vous avez déjà posé la question trois fois.
— Alors, je peux ? insista-t-il.
— Je ne vois pas l'utilité de vous répondre.
Elerha se redressa d'un bond pour filer, tout heureux de pouvoir enfin bouger. Et puis, il y avait beaucoup plus de choses à observer dans le couloir. La main solide de l'homme le cloua sur sa chaise avant qu'il ne s'en écarte.
— Tenez-vous tranquille si vous ne voulez pas que je vous attache à ce pupitre.
Sans oser faire un geste de plus, Elerha hocha la tête. Son regard pesa encore un temps sur ses épaules avant de se relâcher enfin. Il expira l'air contenu dans ses poumons et appuya sa tête dans sa main. Même les nuages lui semblaient aller trop lentement... D'un geste agacé, le précepteur referma la fenêtre et tira les rideaux, le coupant de sa seule source d'occupation.
— Peut-être que vous serez plus attentif ainsi, trancha-t-il. Faites-moi le plaisir de répéter ce que j'étais en train d'expliquer.
Elerha lui retourna un regard incertain. Il ne se souvenait plus. Ou bien, il n'avait pas écouter. Et puis, il savait déjà que quoi qu'il dirait, ce ne serait pas suffisant. Il se tourna vers ses sœurs assises à sa droite, dans l'espoir qu'elle lui soufflerait la réponse. La règle claqua sur son petit bureau pour le rappeler à l'ordre ; il sursauta.
— Inutile de les regarder, elles connaissent la réponse, elles. Mais bien évidemment, ce n'est pas votre cas : vous étiez en train de rêvasser.
Il baissa les yeux sur la feuille. Pourtant, il faisait vraiment des efforts pour écouter. Pourquoi personne ne le croyait jamais ? L'instituteur soupira et se détourna sans lui accorder davantage d'attention.
— Ne t'acharne pas avec les bons à rien, énonça-t-il avec lassitude, comme un conseil qu'il se donnait à lui-même.



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